Lundi 16 juillet 2012 - Éditorial des bulletins d'entreprise
François Hollande,
relayé par son ministre de l’Économie et des Finances, a déclaré que le
plan social de la direction de PSA était inacceptable « en l’état »
et qu’il faudrait le renégocier. Sauf que ce plan n’a jamais été
négocié. Sauf aussi que le gouvernement annonce d’emblée, sans oser le
dire ouvertement, qu’il acceptera ce plan moyennant une réduction – mais
de combien ? – du nombre d’emplois supprimés.
Il considère donc acceptable d’entrer dans le jeu de dupes que PSA
propose en ces termes : « Dans un premier temps, je supprime 8 000
emplois – sans compter les milliers d’emplois induits – puis je consens à
réduire ce chiffre ». Ainsi ces messieurs du gouvernement, les
économistes et, peut-être, certains dirigeants syndicalistes se
montreront satisfaits et crieront « victoire », se félicitant d’avoir
ainsi « évité le pire ». C’est un tour de passe-passe classique.
Mais le pire, comme ils disent, il est bien là pour les travailleurs.
Tout d’abord pour ceux qui, dans ce marchandage, resteront sur le
carreau, sans espoir de retrouver un travail et un salaire comparable
dans un avenir raisonnable. Il est là pour ceux qui conserveront leur
emploi – pendant combien de temps ? – car PSA en profitera pour
augmenter sa pression, imposer des conditions de travail encore plus
dures, pour que ses profits ne diminuent pas et même pour les accroître.
C’est en fait un chantage bien connu des travailleurs et qui, de plus,
bénéficiera de la bénédiction gouvernementale.
L’ensemble du monde du travail est concerné. Et directement. Tout
d’abord parce que, dans des entreprises comme Air-France, le volailler
Doux, le grand laboratoire pharmaceutique Sanofi, les suppressions
d’emplois ont déjà été annoncées. Et parce que des dizaines d’autres
entreprises sont prêtes à s’engouffrer dans la brèche ouverte par la
direction de PSA. Soutenir la lutte des travailleurs du trust Peugeot,
ce n’est pas simplement faire un geste de solidarité morale, c’est
aussi, et surtout, assurer la défense de l’emploi de chacun. Défendre
leur emploi, c’est aussi défendre le nôtre.
Hollande et ses ministres ont fait semblant de s’indigner de
l’attitude de PSA, le traitant même, bien tardivement il est vrai, de
menteur. Mais s’il a cru les engagements d’un menteur, c’est donc qu’il
s’est montré naïf. Mieux vaut dire qu’il se montre hypocrite.
Hypocrite, Hollande l’est tout autant quand il rappelle que PSA,
groupe privé, a reçu quatre milliards d’euros d’argent public. Ces
milliards ont permis à PSA de franchir une passe qu’il prétendait
difficile et de maintenir les revenus de la famille Peugeot. La logique
et la justice imposeraient, ce serait la moindre des choses, que l’État
dont Hollande est le garant demande aux actionnaires, dont le principal
est Peugeot, de prendre en charge la situation sans quémander de
nouveaux subsides à l’État. Les actionnaires de PSA en auraient
largement les moyens en prenant sur les richesses qu’ils ont accumulées
depuis des années.
Le président de la République et ses ministres n’ont pas de mots
assez durs pour dénoncer le comportement de PSA – et du même coup celui
de ses prédécesseurs, Sarkozy en tête, qui ont, c’est évident, leur part
de responsabilité –, mais ils se taisent respectueusement devant ce que
l’on a appelé « le mur de l’argent ». Comme les ministres socialistes
l’ont fait à chaque fois qu’ils ont été aux affaires !
Moscovici a même été plus loin, qualifiant Varin, le PDG de PSA, «
d’interlocuteur solide », se réjouissant qu’il y ait dans le capital « un actionnariat qui soit français et familial »,
en la personne de la famille Peugeot, remarque d’autant plus choquante
que la « famille française » Peugeot a pris soin d’abriter sa fortune en
Suisse.
Les travailleurs, ceux de PSA mais aussi tous les autres, sont donc
avertis ; le message du gouvernement, même dans ce langage codé que
pratiquent les socialistes, est clair. Il ne faudra pas compter sur lui
pour affronter les capitalistes.
Mais les travailleurs ont une arme bien plus fiable à leur
disposition : la force collective du monde du travail, qui doit se
préparer, qui doit s’organiser pour imposer à PSA de remiser l’ensemble
de son plan et, du même coup, pour donner un coup d’arrêt à toutes les
attaques patronales qui s’annoncent.