mercredi 14 octobre 2015

À Air France et ailleurs, la lutte de classe existe bien

Editorial des bulletins d'entreprise
 
lundi 12 octobre 2015

« Scandaleux », « la chienlit » (Sarkozy), « des voyous » (Valls) : la hargne anti-ouvrière s’est déchaînée toute la semaine contre les salariés d’Air France à grand renfort d’images sorties de leur contexte et déformées par les médias parlant de « lynchage », là où deux cadres n’y ont laissé que leur chemise.

Ce lundi, on annonce l’arrestation à l’aube de cinq salariés comme s’il s’agissait de dangereux criminels. Après les politiques et les médias, la police et la justice vont donc s’acharner contre eux. C’est la lutte de classe dans toute sa brutalité.
Tant que les travailleurs subissent l’exploitation et les licenciements sans renâcler ; tant que le patronat porte les coups contre les travailleurs, les Sarkozy et les Hollande, la police et la justice ne trouvent rien à redire.

Mais que les salariés essayent de rendre ces coups, qu’ils laissent éclater leur colère contre les dirigeants et leurs larbins, et tout ce beau monde se ligue avec le patronat contre les travailleurs !

À longueur de journée, ces messieurs nous expliquent que la lutte de classe n’existe plus et que les intérêts des travailleurs et du patronat concordent parfaitement, mais, eux, ils la mènent en prenant fait et cause pour le patronat contre les salariés, en défendant les licencieurs contre les licenciés, les exploiteurs contre les exploités.

Sans perdre une minute, Hollande a condamné les salariés d’Air France. Tout juste rentré du Japon, Valls a organisé un conseil de guerre avec les dirigeants de l’entreprise, s’engageant à punir lourdement les « voyous » et cautionnant par avance les 2900 licenciements programmés.

Après avoir déversé sa bile contre le monde ouvrier, la droite a ordonné aux dirigeants syndicaux de se désolidariser des salariés et de les condamner sans appel. Et si elle a critiqué la direction d’Air France, c’est pour ne pas avoir licencié plus et plus tôt !

Quant au Front national, il s’est bien entendu joint à ce chœur anti-ouvrier avec Marion Maréchal Le Pen qui a dénoncé un « lynchage » et demandé l’intervention de la police.

Le FN prétend « défendre » les travailleurs, mais quand ceux-ci essayent de se défendre eux-mêmes, il hurle avec les loups. En condamnant les salariés d’Air France, le FN montre de façon éclatante son vrai visage, celui d’un parti profondément dévoué à l’ordre bourgeois et hostile aux luttes ouvrières. Il fait de la démagogie vis-à-vis des ouvriers et des plus pauvres, mais il les aime quand ils obéissent au patronat sans broncher. Dans l’opposition, le FN prend déjà fait et cause pour le patronat, cela en dit long sur la politique pro-patronale qu’il mènerait au pouvoir.

Tous ceux qui se placent dans le camp des travailleurs ne peuvent qu’être solidaires de la réaction des salariés d’Air France face à l’annonce des 2900 licenciements. Que croyaient les dirigeants d’Air France ? Qu’après avoir accepté depuis des années le gel de leur salaire, les milliers de suppressions d’emplois, l’aggravation de leurs conditions de travail, ils allaient sagement se laisser mettre dehors sans rien dire ? Eh bien non, les dirigeants d’Air France ont eu le retour de bâton et ils ne l’ont pas volé !

Air France a renoué avec les bénéfices ; le taux de remplissage de ses avions est excellent ; le marché aérien est en développement. Cela n’empêche pas la direction de s’en prendre aux salariés, de diviser et de monter des catégories les unes contre les autres et de faire un chantage à la faillite. Les mêmes manœuvres, les mêmes mensonges et les mêmes attaques patronales sévissent dans toutes les grandes entreprises du pays, et c’est cela qu’il faut combattre.
Et il s’agit bien là de violence. Car la vraie violence, c’est celle de la précarité et des salaires qui ne permettent pas de vivre, c’est celle qui condamne aujourd’hui six millions de femmes et d’hommes privés d’emploi, c’est celle de l’exploitation. Oh, les dirigeants qui décident de baisser les salaires, de licencier ou d’aggraver la charge de travail n’ont pas besoin d’élever la voix, ils ont le pouvoir. Mais leurs décisions sont autant de coups contre les travailleurs.

La domination patronale et sa violence épuisent les travailleurs et les chômeurs d’ici et tuent des millions de femmes et d’hommes au travers de la famine et des guerres. Il faut les combattre.

Et cela passe par un rapport de force, une colère collective organisée. Face à des travailleurs divisés et inorganisés, les patrons sont tout-puissants ; mais si la classe ouvrière s’organise, si elle se sert réellement de sa force collective, ce ne sont pas seulement deux chemises de hauts cadres, mais la dictature de la bourgeoisie qui sera menacée.
Word - 30 ko

mardi 6 octobre 2015

Solidarité avec les salariés d’Air France


Je tiens à exprimer tout mon soutien aux travailleurs en lutte chez Air France, révoltés par l’annonce de 2900 licenciements dans leur entreprise.

Les images des dirigeants d’Air France fuyant le Comité d’entreprise, chemises déchirées, montrent que la colère a explosé. Mais que croyaient-ils ? Que les salariés d’Air France allaient tranquillement se laisser mettre dehors, aller pointer à pôle emploi et après aux restos du cœur, sans rien dire, sans crier leur colère ?

Les salariés d’Air France, que ce soient les personnels au sol, les hôtesses ou stewards ou les pilotes, ont déjà fait de lourds sacrifices, des sacrifices sur leur salaire et des sacrifices sur leurs conditions de travail. Et voilà que le chantage à la faillite de l’entreprise continue ! Voilà qu’ils sont maintenant menacés de payer de leur emploi la course aux profits de leur direction !

Macron et Valls ont eu des mots très durs pour condamner les salariés et aucun pour s’inquiéter de la violence faite à ceux qui risquent d’être précipités dans le chômage, dans un pays qui compte 6 millions de chômeurs. Depuis le début ils expriment leur total soutien aux licencieurs d’Air France. Ils montrent ainsi une fois de plus qu’ils sont corps et âme dans le camp du patronat.

Alors oui les salariés d’Air France ont de quoi être en colère !

Nathalie Arthaud

À bas la politique pro-patronale du gouvernement !

Editorial des bulletins d’entreprises
lundi 5 octobre 2015

Toujours plus à droite, toujours plus pro-patronale : voilà la ligne suivie par le gouvernement prétendument socialiste. Et il ne s’agit pas seulement d’Emmanuel Macron !

Le ministre de l’Économie a certes promu la loi qui a cassé les protections des salariés sur le travail du dimanche et les licenciements. Il multiplie les déclarations contre les fonctionnaires et les 35 heures. Mais ceux qui, au PS, le critiquent en épargnant Valls et Hollande sont bien hypocrites car ces derniers n’ont pas attendu Macron pour s’attaquer aux droits des travailleurs.

Faut-il rappeler le CICE qui consiste à arroser les entreprises de milliards, sans aucun effet sur l’emploi ? Les accords de compétitivité qui permettent aujourd’hui d’imposer une hausse du temps de travail avec baisse de salaire ?

Même quand il prétend prendre des mesures favorables aux classes populaires, le gouvernement mène une politique anti-ouvrière. En matière fiscale, les baisses promises ne font que masquer la hausse des impôts locaux. Et en ce qui concerne la Fonction publique, les avancées pour les bas salaires ne sont que le paravent d’une diète généralisée.

Maintenant, le gouvernement veut réduire le code du travail à quelques principes et laisser s’imposer les conventions collectives et les accords d’entreprise qui pourront être en deçà des lois actuelles. Fragmenter, émietter, casser les droits collectifs qui valaient pour tous les salariés, y compris pour ceux des petites entreprises, c’est la politique patronale depuis toujours.

En externalisant, en généralisant la sous-traitance, l’intérim et les CDD, le patronat multiplie les statuts, individualise les conditions de travail et les droits des travailleurs. Sur 100 salariés qui interviennent dans un atelier, sur un chantier ou dans une entreprise de services, combien relèvent du même employeur ? Alors qu’ils travaillent ensemble, combien ont la même grille de salaire, les mêmes primes, les mêmes droits aux congés, aux repos ou à la retraite ?

Tout est fait pour diviser les travailleurs, pour les opposer et, au besoin, pour les monter les uns contre les autres. Chez Smart, à Hambach en Moselle, la maison mère Daimler a fait 7 milliards de profits l’an dernier. Mais on accuse les ouvriers ayant refusé de travailler 39 heures payées 37 d’avoir agi contre l’emploi des jeunes. Chez Air France, ce sont les pilotes qui sont accusés d’être responsables des suppressions d’emplois pourtant décidées par la direction.

Mais, de l’entreprise de nettoyage à celle d’informatique, de l’intérimaire à l’embauché, de la femme de ménage, de l’ouvrier jusqu’au pilote d’avion, le même chantage patronal s’exerce. Supprimer des emplois, comprimer les salaires, allonger la durée du travail, précariser la main-d’œuvre : les mêmes attaques sont menées partout pour préserver les profits.

Le patronat mène la lutte pour l’ensemble de sa classe ? Il faut qu’en face, les travailleurs soient unis pour contre-attaquer.

Chaque salarié, chaque militant, réagit naturellement à l’attaque qui le touche dans son métier et dans son secteur. Isolés par la politique patronale et livrés à eux-mêmes par le manque d’initiatives collectives des centrales syndicales, il est difficile pour les travailleurs conscients de se poser les problèmes à l’échelle de l’ensemble de leur classe et d’y répondre.

Ce sont les confédérations syndicales qui devraient le faire. Ce sont elles qui devraient populariser la nécessité pour les travailleurs de parler d’une même voix, d’affirmer leurs intérêts de classe et d’organiser la lutte collective.

Au lieu de cela, certaines centrales comme la CFDT servent la soupe au gouvernement et au patronat en défendant pour les travailleurs des « droits à la carte ». Et les autres centrales n’ont plus la préoccupation de populariser la nécessité d’un combat de l’ensemble de la classe ouvrière.

Jeudi 8 octobre, la CGT, Solidaires et la FSU appellent à une mobilisation interprofessionnelle. Mais elles ont laissé chacune de leurs fédérations décider des modalités de cette journée. Dans les secteurs où cette journée a été relayée et préparée, certains appellent à la grève quand d’autres appellent seulement à la manifestation. Dans ces circonstances, les manifestations ne rassembleront qu’une fraction du monde du travail.

Mais il faut se saisir de l’occasion. Car ceux qui feront grève et défileront auront le mérite d’avancer des revendications communes à l’ensemble des salariés. Ils auront le mérite d’affirmer leur camp contre le patronat et ce gouvernement anti-ouvrier. Ils auront mille fois raison car c’est une nécessité.
Word - 31.5 ko

lundi 5 octobre 2015

Hier, dimanche 4 octobre 2015 à Paris Manifestation en solidarité avec les migrants

Voilà quelques slogans de Lutte Ouvrière scandés hier à la manifestation  du 4 octobre

A bas les frontières
Solidarité des opprimés
du monde entier

Migrants ou réfugiés,
Liberté de circulation,
Liberté d’installation


Travailleurs et opprimés du monde entier,
Entre nous pas de frontière.
Notre patrie, c’est l’humanité.

A bas, à bas les frontières
Solidarité, solidarité
Avec les migrants et les réfugiés.

A bas, à bas,
l’Europe des murs
et des barbelés

Hollande répand la mort et la misère.
Armée française,
Hors d’Afrique et du Moyen-Orient.

Le prochain Cercle Léon Trotsky

Il aura pour sujet :
Le réchauffement climatique, un révélateur de l’irresponsabilité du capitalisme
vendredi 9 octobre 2015 - 
20h30 Docks de Paris-Eurosites
 
Avenue des Magasins généraux - Aubervilliers
Métro : Front Populaire - ligne 12 Participation aux frais : 3 euros
Un départ groupé aura lieu à partir de Corbeil. Me contacter. 

Des bombes pour la Syrie et des barbelés pour les réfugiés

Editorial

Les principaux dirigeants de la planète sont réunis à New York pour l’assemblée générale de l’ONU. La Syrie sera leur sujet principal. Oh, ils ne discuteront pas de l’aide humanitaire urgente à apporter aux millions de réfugiés syriens, ce n’est pas leur problème ! Ils discuteront alliances - y compris avec des dictateurs sanglants-, bombardements, guerre.
Que la réunion débouche ou pas sur un accord, il ne fait plus de doute que les grandes puissances vont intensifier la guerre contre Daech en Syrie avec, peut-être dans quelques mois, une nouvelle intervention terrestre. Une fois de plus, on nous explique que la guerre est la seule façon de rétablir la « stabilité » dans la région. Mais quelle stabilité y a-t-il en Afghanistan ou en Irak après des années de guerre et d’occupation américaine ?
Il n’y aura pas de stabilité en Syrie tant que cette région restera un terrain de rivalités et de manigances pour les grandes puissances. Des États-Unis à la Russie en passant par le Qatar, la Turquie ou l’Iran, chacun alimente le chaos en soutenant telle bande armée contre telle autre, en montant les chiites ou les Kurdes contre les sunnites quand les autres font le calcul inverse.
Et parmi toutes ces manœuvres, il y a les minables petits calculs des dirigeants français, comme ces frappes aériennes commandées à point nommé la veille de l’ouverture de la réunion de l’ONU pour faire en sorte que les intérêts des pétroliers et des marchands de canon français ne soient pas oubliés dans les tractations.
Pour la droite et le FN, Hollande n’est encore pas assez va-t-en guerre ! Avec un cynisme assumé, Marine Le Pen et nombre de responsables de droite expliquent qu’il faut s’appuyer sur Bachar Al-Assad quand bien même il est responsable d’avoir mis son pays à feu et à sang bien avant que Daech n’existe.
Parmi ceux qui quittent la Syrie, beaucoup fuient les bombes et le régime d’Assad. Et tout ce que les politiciens français trouvent à leur dire, c’est « restez dans votre pays, nous allons continuer de bombarder et aider Assad à conforter son régime » !
La politique prônée par ces dirigeants en Syrie est criminelle. Et elle l’est encore quand ils défendent la fermeture des frontières et érigent de nouveaux murs et barbelés contre ceux qui ont pris la route de l’exode ou lorsqu’ils mégotent sur leur accueil, comme le fait Hollande.
Un mur de barbelés en Hongrie
Il faut la liberté de circulation et d’installation pour les migrants. Il faut l’ouverture des frontières. Il y a déjà eu trop de morts, trop de naufrages, trop de personnes électrocutées à Calais ou mortes asphyxiées dans des camions.


Ceux qui parmi les travailleurs sont sincèrement inquiets de ce qu’il y a déjà beaucoup de chômeurs doivent avoir en tête que le chômage, la précarité et les bas salaires ne dépendent pas de l’arrivée des migrants. Ils dépendent du rapport de force avec le patronat et des luttes que le monde du travail est capable de mener contre les licencieurs et tous ces groupes capitalistes rapaces.
L’emploi n’est pas un stock limité qu’il faudrait se partager et le chômage n’est pas une loi de la nature. Ils résultent de la politique patronale qui consiste à exploiter au maximum ceux qui travaillent quand bien même toute une fraction de la jeunesse se morfond au chômage.
Pour faire taire tout sentiment d’humanité vis-à-vis des migrants, les dirigeants répètent qu’ « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Comme si les travailleurs n’avaient d’autre choix que de se partager la misère ! Comme s’il fallait se résigner à être en concurrence les uns avec les autres quand les richesses s’accumulent dans les mains d’une minorité !
La bourgeoisie et ses laquais politiques opposent les intérimaires aux CDI, les salariés du privé aux fonctionnaires, pour masquer leur responsabilité dans le recul des conditions de vie de la classe ouvrière. Cette fois, ce sont les migrants qu’ils présentent comme un danger. Eh bien, les travailleurs ont intérêt à ne pas se tromper de camp et à être solidaires des migrants contre tous ces dirigeants !
Une barrière de plusieurs mètres de haut à Ceuta, enclave espagnole au Maroc
Le monde ouvrier a intérêt à soutenir la liberté de circulation et d’installation des migrants. D’abord parce que tous les travailleurs sont des migrants potentiels et ont à se déplacer au gré des fermetures d’entreprises et des crises.
Ensuite parce que les migrants sont de futurs frères de classe. Même si certains d’entre eux avaient des vies de médecin, d’avocat ou de commerçant dans leur pays, ils deviendront ici, pour la plupart, des exploités, des camarades de travail. Pour qu’ils deviennent de futurs camarades de lutte contre le chômage et l’exploitation, il faut les accueillir comme des frères.
Word - 30.5 ko




lundi 24 août 2015

Brèves

Gaz de schiste : le gouvernement anglais favorable aux pollueurs

Le gouvernement britannique vient d’octroyer 27 permis d’exploration dans le nord de l’Angleterre à des entreprises, dont Total, spécialisées dans l’exploitation du gaz de schiste – et il en a sous le coude 132 autres, qu’il entend accorder d’ici à la fin de l’année. La mobilisation des habitants des régions concernées, bien informés des conséquences désastreuses sur l’habitat que la fracturation hydraulique a eues, par exemple, aux États-Unis, a permis pendant trois ans l’arrêt de tous travaux.
Sous le prétexte de la nécessaire « indépendance énergétique » du pays, Cameron veut maintenant passer en force – prouvant son dévouement aux grands groupes capitalistes, et son mépris des intérêts de la population.

Migrants : démagogie anti-pauvres

Sous prétexte de lutte contre les passeurs, Cazeneuve et son homologue britannique ont annoncé à grand renfort de trompettes médiatiques toute une série de mesures répressives contre les migrants, des mesures qui, tout le monde le sait, ne feront que renforcer l’influence et les tarifs des passeurs, tout comme l’insécurité des migrants eux-mêmes.
Quant à ceux qui seront coincés dans la souricière que va devenir Calais, Cazeneuve promet d’accélérer le traitement de leurs demandes d’asile, c’est-à-dire en fait d’accélérer le rythme des expulsions.
En Europe, les migrants, qui ne cherchent qu’un coin pour survivre, ne sont que quelques centaines de milliers, une quantité infime pour une région de centaines de millions d’habitants, qui plus est parmi les plus riches. La position sécuritaire et musclée des gouvernements n’est donc que pure démagogie à l’intention de la droite et de l’extrême droite.
À Calais, les ministres français et britanniques ont une fois de plus réaffirmé leur camp : contre les pauvres, en fait contre les travailleurs, de tous les pays.

Editorial des bulletins d'entreprise Lutte Ouvrière

lundi 17 août 2015

La crise dans la filière du porc : les dégâts collatéraux de l’économie de marché
« La crise du porc » titrent des journaux en ce début de semaine. Les malheureux animaux destinés à l’abattage n’y sont évidemment pour rien. Les sursauts de colère qui expriment les oppositions d’intérêts entre agriculteurs et capitalistes des industries agroalimentaires ou de la grande distribution rebondissent cette fois dans le secteur de la production et de la commercialisation de la viande de porc. La cause immédiate du mécontentement des éleveurs réside dans le refus des deux principaux industriels du secteur de leur acheter les porcs à un prix leur permettant de rentrer dans leurs frais et de dégager un revenu qui leur convienne. Le conflit oppose aussi les éleveurs à l’État incapable même d’imposer le compromis sur les prix qu’il avait proposé.
Ce qui se passe dans l’agriculture concerne les classes exploitées des villes et avant tout, la classe ouvrière. Les salariés, les chômeurs et les retraités, en tant que consommateurs, ne peuvent pas accepter que la guerre des prix des produits alimentaires se traduise par des hausses à la consommation, alors que l’étendue du chômage, le blocage des salaires et des retraites, les prélèvements croissants de l’État démolissent déjà leur pouvoir d’achat. Mais aussi, pour des raisons politiques. De quel côté doivent aller notre sympathie et notre solidarité ?
Certainement pas du côté des capitalistes de l’agroalimentaire ou des grandes chaînes de distribution, ennemis directs des exploités. Les bénéfices encaissés par les propriétaires et actionnaires de ces entreprises proviennent fondamentalement de l’exploitation des travailleurs de ce secteur parmi les plus infects aussi bien pour les salaires que pour les conditions de travail. Mais lorsque le rapport des forces le leur permet, les capitalistes du secteur complètent leur bénéfice au détriment de leurs petits fournisseurs du monde paysan : producteurs de viande, de lait, de fruits ou de légumes parmi d’autres.
La solidarité des exploités doit aller à ceux des paysans qui vivent de leur propre travail sans exploiter personne, qui se font voler par les banques, les capitalistes de l’industrie et de la distribution, et gruger par l’État. Ce dernier prétend jouer les arbitres mais il prend parti pour le grand capital.
Le secteur agricole lui-même est cependant dominé par une minorité de capitalistes qui s’enrichissent en exploitant les ouvriers agricoles. La hausse des prix à la production, qui est une question de survie pour les petits paysans est en même temps une source de bénéfice supplémentaire pour les plus gros. Les luttes, même radicales, des petits paysans au fil des décennies ont toujours profité en dernier ressort aux plus riches de l’agriculture et ont conduit à une concentration croissante des exploitations agricoles et à la disparition des plus petites.
Là est le piège fondamental pour les petits paysans qui ont un pied dans le monde du travail et l’autre, dans le monde patronal. L’économie de marché et la concurrence les broient mais ils ne voient leur avenir que dans cette économie. La défense de leur propriété individuelle est le b.a.-ba de leurs convictions sociales. Ils s’endettent pour investir dans des équipements et machines de plus en plus coûteux afin d’être compétitifs. Mais ce faisant, ils se passent eux-mêmes le nœud coulant tenu par les banques et enrichissent au passage les capitalistes fabricants de ces équipements. Le résultat de toute cette évolution est, pour les paysans, l’éviction des campagnes de nombre d’entre eux. Et pour l’ensemble de la société, qu’on parle périodiquement de surproduction, de viande, de lait, de fruits ou de légumes, alors que, même ici en France, un nombre croissant de personnes ne se nourrissent pas convenablement et que, sur la majeure partie de la planète, les classes pauvres sont sous-alimentées ou meurent de faim.
La paysannerie, avec ses rêves de consolider la petite propriété en conciliant ses intérêts et ceux des prédateurs du grand capital, n’a aucune solution à une évolution dont elle est pourtant victime. La seule classe sociale qui peut offrir la perspective d’un autre avenir pour la société est la classe ouvrière, la classe de ceux qu’aucun intérêt ne lie à l’organisation capitaliste de la société, à l’économie du marché, à la concurrence, à la propriété privée des moyens de production. La seule qui a la capacité de reprendre le combat du mouvement ouvrier pour le changement révolutionnaire de la société. À condition d’en retrouver la conscience.
La « crise du porc » est une des expressions, et il y en a une infinité d’autres et de bien plus graves, de l’aberration et de l’injustice de l’organisation capitaliste de l’économie et de la société.

mercredi 8 avril 2015

Le 9 avril, le monde du travail doit se faire entendre


La manifestation du 9 avril partira à 13 heures de la Place d’Italie à Paris.
Lutte Ouvrière donne rendez-vous à ses camarades et amis au métro Gobelins, sous la banderole : « Contre la bourgeoisie et ses serviteurs politiques, faire entendre le camp des travailleurs. Lutte Ouvrière »


Lors d'une manifestation en octobre 2014 en province. Contre l'austérité. Arch. LO

Faire du 9 avril un succès et aussi le début d’une prise de conscience

Editorial des bulletins d'entreprise
lundi 6 avril 2015

La CGT, FO, la FSU et Solidaires appellent, ce jeudi 9 avril, à faire grève et à manifester. Il faut que les travailleurs révoltés par les licenciements, la montée du chômage, la précarisation des emplois, le recul incessant de leur pouvoir d’achat, se saisissent de cette occasion pour s’exprimer.
Il faut qu’ils saisissent cette occasion aussi pour exprimer leur écœurement envers ce gouvernement qui se dit socialiste mais qui mène la politique voulue par le grand patronat et les banquiers, avec autant de servilité que l’a fait la droite sous Sarkozy, l’hypocrisie en plus.
Dans sa volonté de réserver une part croissante de son budget aux grandes entreprises capitalistes et aux financiers, le gouvernement marche sur les pieds de bien des catégories sociales. Nombre d’entre elles, des notaires aux médecins, des huissiers aux buralistes, sont descendues dans la rue pour protester. Les seuls qu’on n’a pas réellement entendus, ce sont les travailleurs, les chômeurs, qui subissent, dans toute leur férocité, l’avidité patronale et la crapulerie gouvernementale.
Le monde du travail que l’on pousse vers la pauvreté a pourtant infiniment plus de raisons que toute autre catégorie de rejeter la politique menée. Il a surtout la force de faire trembler ceux qui l’exploitent et l’oppriment. Ceux qui n’ont ni capitaux ni rentes et qui ne peuvent vivre que de la vente de leur force de travail font marcher l’économie. En réagissant collectivement, ils ont le pouvoir de la bloquer et, par là même, d’arrêter la pompe à profits qui saigne ceux qui n’ont rien pour enrichir les actionnaires et les banquiers.
Il faut cesser de nous taire. La politique d’austérité, la démolition du peu qui dans la législation protégeait les travailleurs, les économies sur les services publics, tout cela contribue au recul des conditions d’existence des classes populaires.
Cela ne s’arrêtera pas tout seul. Face à la crise de son économie, la classe capitaliste ne peut sauvegarder les profits de ses entreprises, les dividendes de ses actionnaires et l’accroissement de la fortune des grandes familles bourgeoises, de Bettencourt à Dassault, de Mulliez à Arnault, de Peugeot à Bolloré et les autres, qu’en écrasant toujours plus les salaires et en faisant pression sur les travailleurs pour les rendre toujours plus corvéables.
Les anciens se souviennent que, même dans des périodes où l’économie était en croissance, où les affaires de la bourgeoisie allaient bien, les travailleurs n’ont jamais pu faire l’économie des grèves et des luttes. Avec la crise, renouer avec les luttes devient une question de survie.
Bien sûr, une seule journée de manifestations, ce n’est pas la lutte qui serait nécessaire. La situation exige des luttes amples, déterminées, allant en s’élargissant au point de faire peur au patronat, au point de menacer ce qu’ils appellent « l’ordre social » mais qui n’est que du désordre qui pèse sur les exploités. En sachant que les travailleurs n’ont jamais d’amis au sommet de l’État mais seulement des ennemis entièrement dévoués au grand capital.
Un succès le 9 avril contribuerait à redonner courage à ceux qui sont aujourd’hui découragés, avec le sentiment, justifié, d’avoir été trompés, trahis par une gauche arrivée pourtant au pouvoir grâce à leurs bulletins de vote.
Le simple fait d’avoir à manifester contre un gouvernement socialiste qui a bénéficié si longtemps de la complaisance des directions syndicales devrait faire réfléchir tous les militants ouvriers. Il est aujourd’hui manifeste que le PS au gouvernement est un ennemi du monde du travail. Voilà sur quelle réalité surfe le revenant Sarkozy pour se poser en recours. Voilà ce qui permet au FN, suppôt du grand capital comme les autres mais plus réactionnaire et plus menaçant encore pour le mouvement ouvrier, d’avoir l’impudence de se poser en porte-parole des plus pauvres.
Disons-nous bien que même ceux qui à la gauche du PS prétendent s’opposer à la politique d’austérité mais sans s’opposer à la dictature du grand patronat sur l’économie, sans mettre en cause le capitalisme, s’ils arrivaient à la tête de l’État, trahiraient inévitablement les exploités.
Alors, il faut être nombreux aux manifestations du 9 avril. Et au-delà, il faut que ceux qui se considèrent dans le camp des travailleurs face à celui de la grande bourgeoisie se posent la question de recréer une force qui représente les intérêts de la classe ouvrière sur le terrain politique. Cela signifie qu’elle se donne pour objectif ultime l’expropriation de la classe capitaliste par la lutte collective des exploités.
Word - 27 ko